Exérèse d’un carcinome basocellulaire rétro-auriculaire gauche

Patient de 76 ans adressé par son dermatologue pour une lésion rétro-auriculaire gauche cliniquement suspecte de carcinome basocellulaire. Une exérèse avec une marge clinique de 5 mm est réalisée, emportant la lésion dans le plan sus-périchondral (au-dessus du cartilage de l’oreille). La perte de substance est volontairement laissée en cicatrisation dirigée, sans fermeture immédiate ni greffe.

Contexte et cadre du cas clinique

Intérêt pédagogique

Ce cas permet de visualiser, sur un même site anatomique, l’évolution d’une perte de substance laissée en cicatrisation dirigée après exérèse carcinologique : aspect postopératoire immédiat, bourgeonnement partiel à trois semaines, bourgeonnement complet à quatre semaines, puis contraction et réépithélialisation acquise à six semaines. Il montre qu’une perte de substance rétro-auriculaire peut, dans une situation sélectionnée, cicatriser sous des soins locaux quotidiens avec obtention d’un placard cicatriciel sensiblement plus petit que le défect initial.

Références

  • Levin BC, Adams LA, Becker GD. Healing by secondary intention of auricular defects after Mohs surgery. Arch Otolaryngol Head Neck Surg. 1996;122:59-66.
  • A review of secondary intention healing in dermatology and dermatological surgery: part 1. Clin Exp Dermatol. 2025.
  • Peris K, et al. European consensus-based interdisciplinary guideline for diagnosis and treatment of basal cell carcinoma – update 2023. Eur J Cancer. 2023;192:113254.

Mention de diffusion

Cas clinique présenté à visée scientifique et pédagogique. Les éléments iconographiques ont été cadrés de manière à ne pas permettre l’identification du patient.

Présentation clinique et exérèse

A. Lésion rétro-auriculaire gauche avant exérèse, avec dessin de la marge clinique.

B. Aspect immédiatement après exérèse dans le plan sus-périchondral : la perte de substance est laissée ouverte en vue d’une cicatrisation dirigée.

Anatomopathologie

L’examen anatomopathologique confirme un carcinome basocellulaire de type infiltrant. L’exérèse est complète sur la pièce analysée.

Évolution de la cicatrisation dirigée

Le suivi photographique documente les différentes phases macroscopiques de la cicatrisation de seconde intention : constitution progressive du tissu de granulation (bourgeonnement), couverture complète du fond de la perte de substance, puis contraction de la plaie et réépithélialisation.

C. À trois semaines, le tissu de granulation recouvre partiellement la perte de substance.

D. À quatre semaines, le tissu de granulation recouvre complètement le fond de la perte de substance. Une contraction de la plaie est déjà visible, avec réduction de sa surface par rapport au défect postopératoire initial.

E. À six semaines, la contraction s’est poursuivie et l’épidermisation est acquise, aboutissant à un placard cicatriciel sensiblement plus petit que la perte de substance postopératoire initiale.

Soins locaux

Les soins ont été réalisés simplement à domicile avec l’aide d’une infirmière diplômée d’État : pansement quotidien avec une mèche d’alginate durant la première semaine, puis relais par un tulle gras à partir du 8e jour. L’évolution photographique montre la progression du bourgeonnement puis de l’épidermisation sous ces soins locaux.

Intérêt de la cicatrisation dirigée dans ce cas

La cicatrisation dirigée peut constituer une option reconstructive pour certaines pertes de substance de la région rétro-auriculaire. Dans ce cas, le plan d’exérèse sus-périchondral préservait le périchondre et une fermeture directe aurait exposé à une traction susceptible de déformer l’oreille. Le choix de la cicatrisation dirigée a permis d’éviter cette déformation ainsi que le recours à un lambeau ou à une greffe, au prix de soins locaux prolongés jusqu’à l’obtention d’une réépithélialisation complète.

Ce cas illustre surtout de manière séquentielle les trois phénomènes visibles de la cicatrisation dirigée : bourgeonnement du fond de la plaie, contraction progressive de la perte de substance et réépithélialisation. La comparaison entre l’aspect postopératoire immédiat et celui de la sixième semaine met en évidence l’effet de la contraction : la surface cicatricielle finale est nettement inférieure à la surface de la perte de substance initiale.

La cicatrisation dirigée n’est toutefois pas une méthode passive : son indication dépend de la localisation, de la profondeur et de la taille du défect, ainsi que des caractéristiques du patient. Elle nécessite des soins locaux réguliers et une surveillance jusqu’à obtention d’une couverture épithéliale complète.

Point oncologique

Le diagnostic définitif est celui d’un carcinome basocellulaire infiltrant, sous-type histologique associé à un risque de récidive plus élevé que les formes à faible risque. Dans ce cas, l’analyse anatomopathologique confirme une exérèse complète.

Une surveillance dermatologique ultérieure est recommandée après tout carcinome basocellulaire, indépendamment de son sous-type histologique, et peut être adaptée au profil de risque du patient et de la tumeur.

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