Exérèse simultanée de deux grains de beauté du visage
Patiente de 60 ans présentant deux grains de beauté adjacents de la région nasale gauche : l’un situé au niveau du sillon nasogénien, l’autre au pied de l’aile narinaire gauche. Les deux lésions ont été retirées au cours du même temps opératoire, sous anesthésie locale au cabinet. L’examen anatomopathologique a conclu à deux nævi nævocellulaires dermiques bénins.
Contexte et cadre du cas clinique
Intérêt pédagogique
Ce cas permet de visualiser, sur un même site anatomique, l’évolution d’une perte de substance laissée en cicatrisation dirigée après exérèse carcinologique : aspect postopératoire immédiat, bourgeonnement partiel à trois semaines, bourgeonnement complet à quatre semaines, puis contraction et réépithélialisation acquise à six semaines. Il montre qu’une perte de substance rétro-auriculaire peut, dans une situation sélectionnée, cicatriser sous des soins locaux quotidiens avec obtention d’un placard cicatriciel sensiblement plus petit que le défect initial.
Références
- Levin BC, Adams LA, Becker GD. Healing by secondary intention of auricular defects after Mohs surgery. Arch Otolaryngol Head Neck Surg. 1996;122:59-66.
- A review of secondary intention healing in dermatology and dermatological surgery: part 1. Clin Exp Dermatol. 2025.
- Peris K, et al. European consensus-based interdisciplinary guideline for diagnosis and treatment of basal cell carcinoma – update 2023. Eur J Cancer. 2023;192:113254.
Mention de diffusion
Cas clinique présenté à visée scientifique et pédagogique. Les éléments iconographiques ont été cadrés de manière à ne pas permettre l’identification du patient.
Présentation clinique et planification
A. Aspect clinique initial des deux grains de beauté avant marquage.
B. Planification cutanée préopératoire des exérèses fusiformes.
A. Aspect préopératoire avant tout dessin cutané
B. Dessin préopératoire des exérèses fusiformes
Séquence opératoire
Les deux lésions sont retirées au cours du même temps opératoire sous anesthésie locale. Chaque exérèse est dessinée de manière fusiforme afin de permettre une fermeture directe. Les extrémités effilées du fuseau facilitent la transformation de la perte de substance en une cicatrice linéaire et limitent la formation d’excès cutanés aux extrémités (« oreilles » ou dog-ears). L’orientation de chaque fuseau est réfléchie en fonction des reliefs anatomiques voisins.
Premier site
C. Perte de substance après exérèse fusiforme du nævus du sillon nasogénien : la profondeur visible du défect illustre l’ablation de sa composante dermique, par opposition à un simple shaving de la partie saillante.
D. Fermeture directe de la cicatrice par surjet résorbable.
C. Après exérèse fusiforme du sillon nasogénien
D. Fermeture directe du sillon nasogénien par surjet résorbable
Second site
E. Perte de substance après exérèse fusiforme du nævus situé au pied de l’aile narinaire gauche, avec ablation en profondeur de sa composante dermique.
F. Fermeture directe par points séparés très fins au fil non résorbable ; la cicatrice du sillon nasogénien est déjà fermée.
E. Après exérèse fusiforme au pied de l’aile narinaire
F. Fermeture du site nasal par points séparés fins non résorbables
Principes de l’exérèse fusiforme et de la fermeture
Le dessin du fuseau ne répond pas uniquement à la forme de la lésion. Pour le nævus du sillon nasogénien, son grand axe est orienté dans l’axe du sillon afin de placer la future cicatrice dans l’axe d’un pli naturel. Le fuseau est orienté dans l’axe du sillon alogénien afin de limiter la déformation du pied d’aile narinaire. Le caractère fusiforme, avec des extrémités progressivement effilées, facilite par ailleurs une fermeture linéaire en limitant la formation d’« oreilles » cutanées aux extrémités.
Les photographies après exérèse montrent une perte de substance atteignant le derme, correspondant à l’ablation de la composante dermique des nævi et non à la simple section de leur portion saillante. Cette exérèse en profondeur se distingue ainsi d’un shave superficiel. La complétude des deux exérèses est ici confirmée par l’examen anatomopathologique, avec des limites d’exérèse saines.
La comparaison des deux sites illustre également une conséquence géométrique simple de l’exérèse fusiforme : dans ce type d’exérèse, plus le diamètre de la lésion à retirer est important, plus le fuseau doit être allongé pour obtenir des extrémités progressivement effilées et permettre une fermeture linéaire sans excès cutané. La cicatrice finale est donc nécessairement plus longue que le diamètre initial du grain de beauté, et sa longueur augmente avec la taille de la lésion.
Le choix de la suture est également adapté à la topographie : au pied de l’aile narinaire, compte tenu de la peau relativement épaisse, de la brièveté de la plaie et de la proximité du rebord libre, le choix s’est porté sur des points séparés très fins permettant un ajustement précis des berges. Dans le sillon nasogénien, la cicatrice plus longue se prête à un surjet résorbable, évitant la multiplication des points cutanés et limitant le risque de marques en « barreaux d’échelle ».
Aspect cicatriciel à un mois
Suivi photographique transmis à un mois postopératoire. Cette vue documente simultanément l’aspect précoce des deux cicatrices et l’absence de déformation du pied d’aile narinaire.
G. Aspect des deux cicatrices à un mois
Anatomopathologie
L’examen anatomopathologique des deux pièces opératoires confirme deux nævi nævocellulaires dermiques bénins, exérisés en totalité avec des limites d’exérèse saines.
Évolution cicatricielle
À un mois, la photographie documente l’évolution précoce des deux cicatrices. À ce stade, leur aspect ne préjuge pas du résultat définitif. La maturation cicatricielle est progressive, se poursuit sur plusieurs mois et peut évoluer au-delà d’un an ; son aspect final varie selon les caractéristiques individuelles de la patiente.
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